By Victorien Genna
Published 29.07.2026
Last Update 29.07.2026

L’Ondioline et le « Prélude au Sommeil » - Par Jimmy Virani

Par Jimmy Virani

L’Ondioline et le « Prélude au Sommeil »

J’ai eu le plaisir de venir présenter au SMEM un instrument qui me passionne et que j’affectionne particulièrement, l’Ondioline, et de jouer avec le « Prélude au Sommeil », à l’origine pièce écrite par Jean-Jacques Perrey à la fin des années 50.

L’Ondioline est un instrument électronique à basse fréquence inventé en 1940 par le français Georges Jenny.  Lorsque la seconde guerre mondiale éclate, Georges Jenny, qui est déjà passionné d’électronique, est atteint de tuberculose et part se soigner dans un sanatorium pour étudiants près de Grenoble. C’est là qu’il travaille sur son instrument, notamment dans la morgue du bâtiment, en récupérant des morceaux de piano, de radios, des lampes… Son instrument terminé, il gagnera en 1946 le grand prix de l’invention à la Foire de Paris. 
L’Ondioline est extrêmement expressive, grâce à un clavier monté sur ressort, qui permet un vibrato manuel, une genouillère contrôlant le volume, et l’enfoncement des touches permettant une attaque plus ou moins franche. Avec une multitude de combinaison de timbres, on peut, comme le souhaitait son inventeur, reproduire la sonorité d’un violon, d’une trompette, une clarinette, une cornemuse ou encore un banjo, entre autres. Le petit clavier est monté la plupart du temps sur un meuble avec l’ampli à lampe et son enceinte.
Georges Jenny travaillera sur son instrument toute sa vie jusque dans les années 70, cherchant à l’améliorer, l’adapter aussi à tous les profils de musiciens. Il aura supervisé la fabrication de chaque instrument, un peu plus de 1000 au total, entre son atelier parisien, puis, dans les années 60, dans un centre en Normandie pour l’insertion professionnel d’handicapés, d’où il travailla sur une Ondioline transistorisée. Malheureusement, l’instrument était devenu obsolète avec la concurrence des américains Moog, Buchla, puis des japonais, entre autres.

Jean-Jacques Perrey, étudiant en médecine, mais musicien amateur, entend à la radio vers 1950 Georges Jenny présentant l’Ondioline. C’est une révélation. Il réussit à contacter l’inventeur et le convainc de l’embaucher comme démonstrateur de son instrument. Il quitte ses études et part jouer de l’Ondioline un peu partout. Il fera un spectacle « around the world in 80 ways », imitant les styles musicaux de plusieurs pays, en s’accompagnant de la main gauche au piano. Il se fera ainsi connaitre et embaucher par Charles Trenet, ainsi qu’Edith Piaf, qui lui suggéra d’aller aux Etats Unis. La bas, dès 1960, avec le soutien de Carroll Bratman, qui lui met à disposition un bureau, et achète ce dont il a besoin, il aura un certain succès, allant jouer à la télévision, la radio et sur scène très régulièrement. Il enregistre des jingles publicitaires, expérimente dans son « laboratoire », joue lors d’aller retours vers la France sur le paquebot transatlantique, fait 2 albums précurseurs du style Pop Electronique avec Gershon Kingsley, ainsi qu’en solo.

Jusque là, la musique électronique était sérieuse et élitiste, il décide qu’elle peut être joyeuse et populaire. Bientôt, il découvre le synthétiseur Moog (il sera le 2ème possesseur d’un Moog après Wendy Carlos), et développe le sampling avec le découpage de bandes magnétiques… Il restera jusqu’à la fin des années 60 aux USA, avant de retourner en France. La bas, il continuera de produire de la musique d’illustration sonore, puis arrêtera sa carrière musicale avant un retour dans les années 90, grâce à une certaine reconnaissance de ses pairs, en tant qu’artiste amplement samplé, et en composant avec de nouveaux amis collaborateurs (David Chazam et Dana Countryman principalement). Il décède fin 2016 à Lausanne, où sa fille Patricia habite.

Vers la fin des années 50, lors d’une discussion avec ses amis médecins, ils parlent du mal du siècle : l’insomnie. Jean-Jacques imagine tout de suite que les sons électroniques de l’Ondioline pourrait aider ce trouble du sommeil. C’est ainsi qu’il travaille plusieurs années à la recherche de sons « hypnogènes ». Il créera un label pour l’occasion : « L’institut Dormiphone », sur lequel il sortira 500 exemplaires de son disque, le « Prélude au Sommeil », au début des années 60, à Paris. Lors de sa promotion, il racontera que la sonothérapie électronique « provoque chez l’insomniaque la diversion, l’abandon, la détente nécessaire à la venue du sommeil », Qu’il faut entendre son disque sans l’écouter. 
Le disque est une succession de progression d’accords électroniques (peut être enregistrés avec un prototype d’Ondioline polyphonique), et une mélodie lente jouée à l’Ondioline.
Il racontait, avec l’humour qu’on lui connait, qu’il avait eu du mal à enregistrer ce disque, car tous les ingénieurs du son s’endormaient les uns après les autres ! Le disque sera jouée lors d’un voyage en paquebot vers New York sur la radio des passagers de la 1ère classe, et vendu par correspondance aux médecins, et même certains vendeurs spécialisés comme à « la boutique du sommeil » à Paris.
On peut dire que c’est un album précurseur de style ambient, bien avant Brian Eno.

J’ai retranscrit la face A du disque (la B n’est qu’une version alternative), et enregistré ma version avec 2 Ondiolines (une portative pour les basses et un modèle « meuble » des années 50 pour la mélodie) sur une cassette (disponible sur le label Sun in Yr Head), et c’est ce que j’ai joué au SMEM, en la présence de Patricia Leroy (fille de Jean Jacques Perrey) et Marie Lorette Jenny (fille de Georges Jenny) (quel honneur !!).

J’ai le bonheur de travailler avec le label américain Forgotten Futures, et son fondateur, Wally de Backer, à l’archivage, la recherche et la traduction de documents sur l’Ondioline et Jean-Jacques Perrey. C’est grâce à Wally que j’ai pu faire restaurer mes instruments par Daniel Kitzig, qui participe également à faire revivre l’instrument.

Vous trouverez plus d’informations sur ces sujets passionnants sur les sites ondioline.com et jeanjacquesperrey.com

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